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L’Institut néerlandais, depuis plus d’un siècle la vitrine de la culture et des entreprises néerlandaises, est menacé de disparition.

Tout fout le camp! Par un sobre communiqué, le ministère néerlandais des Affaires étrangères a annoncé ce week-end qu’il arrêtait la subvention de l’Institut néerlandais à Paris.

Depuis 1957, l’Institut néerlandais (IN) organise des expositions, des débats, des concerts et des festivals à Paris pour faire découvrir la culture du plat pays aux Français. Sans doute, l’IN est l’un des plus prestigieux centre culturels étrangers de la capitale française. Très probablement c’est exactement ça qui cause un problème pour le gouvernement néerlandais. ‘Prestigieux’ et ‘culturel’ étant deux mots qui font, depuis toujours, monter la moutarde au nez des plébéiens des polders. Selon le ministère, les coûts de l’IN sont trop élevés et « il n’y a pas assez de moyens pour un programme culturel de haut niveau. ». Il faudra donc un nouveau modèle : « plus moderne et plus efficace en termes de coût. »

Soupçon d’austérité

Comme dans beaucoup de capitales européennes en ce moment, à La Haye aussi ‘Il faudra serrer la ceinture’. Mais malgré ce mantra, les dépenses de l’état ne feront que croître les années à venir. L’état néerlandais dépensera cette année 257,4 milliards d’euro, une augmentation de 4,1 milliards comparée à 2011. Le budget du Ministère des Affaires étrangères, dont l’IN dépend, augmentera de 12,58 milliards cette année  à 12,76 milliards l’année prochaine et même à 14,39 milliards en 2014. Arrêter la subvention pour cause d’économies est donc un sophisme.

Le ministre mégotier avance une autre raison pour justifier cette mesure draconienne. Les fonctionnaires, probablement plus friands de leurs calculatrices que de la culture, sont d’avis que l’Institut n’a pas les moyens pour un programme culturel de haut niveau. Au lieu d’augmenter les moyens, ce qui serait une réponse logique à la problématique définie, on fermera alors le robinet. Il faudra que tout devienne « plus moderne ». Il est vrai que depuis quelques années la programmation de l’IN est moins ‘moderne’ et spectaculaire. C’est d’ailleurs un argument curieux quand on sait que le ministère même a été responsable du choix de la directrice de l’Institut. Il porte donc la responsabilité directe de ce manque de modernité. Nonobstant, l’Institut a depuis des décennies sa place à Paris. Il abrite par exemple l’une de plus importantes bibliothèques de l’histoire de l’art de la France. Chaque année des milliers de personnes, en majorité des Français, visitent le bâtiment à côté de l’Assemblée nationale. L’IN répond donc clairement à un besoin.

Côuts et profits

L’argument “plus efficace en termes de coût” mérite être mis en contexte. Contrairement à ce que pense la bande de Rutte, la subvention est extrêmement efficace. L’une des nombreuses tâches de l’IN est de véhiculer une image positive des Pays-Bas. Comme pour les Néerlandais une image s’exprime surtout en valeur monétaire, regardons si les 1,8 millions d’euro que reçoit l’IN chaque année est beaucoup ou au contraire très peu. Le montant est l’équivalent de ce que la Ville d’Amsterdam dépense toutes les quatre heures. Ou ce que coûtent cinq (!) mètres de la nouvelle ligne de métro Nord-Sud dans cette même ville. Ou le prix du train d’atterrissage du Joint Strike Fighter, l’avion de chasse malheureux choisi par les Bataves.

Il y a, néanmoins, une comparaison beaucoup plus parlante pour relativiser la subvention de l’IN. En 2010, les Pays-Bas ont exporté pour 32,5 milliards d’euros vers la France, tandis que les Néerlandais achetèrent pour 14,4 milliards de biens français. Selon le CBS, le bureau des statistiques des Pays-Bas, le déficit commercial , en 2010 avec les Français avoisine donc 18,1 milliards d’euro (en même plus en 2011, selon les premières estimations du CBS). C’est à peu près 50 millions d’euros par jour ! Ces chiffres plus que florissants ne sont pas le fruit des activités de l’IN. Mais il a sans doute été le lieu des premiers contacts entre un exportateur et un client, lors d’un vernissage dans l’immeuble huppé de la rue de Lille. Des auteurs néerlandais ont ici trouvé leurs éditeurs français lors de l’une des nombreuses soirées littéraires. Et des investisseurs apprirent ici leurs premières phrases de la langue de Vondel dans les cours de néerlandais.

Autrement dit: l’Institut néerlandais, la carte de visite en France des Pays-Bas exportateurs, coûte autant que les entreprises françaises versent toutes les 45 minutes aux comptes en banques néerlandais. La menace de fermeture est non seulement de l’idiotie politique, mais surtout de la folie économique. Et en temps de crise, cela peut s’avérer un pêché mortel.

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